23-07-2026 01:44 - Déclaration à l'attention de l'opinion publique professionnelle et de l'ensemble des avocats de l'Ordre national des avocats de Mauritanie
Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Que la paix et les bénédictions soient sur le plus noble des Messagers.
Mesdames et Messieurs les anciens Bâtonniers, les Doyens et chers Confrères,
Conscient de l'importance de la période particulièrement délicate que traverse notre Ordre national, soucieux de préserver l'indépendance de notre noble profession ainsi que ses usages et traditions solidement établis, et attaché aux principes de l'État de droit et des institutions,
je m'adresse aujourd'hui à vous en ma qualité de membre du Conseil de l'Ordre et de candidat au poste de Bâtonnier des avocats de Mauritanie, à l'occasion de l'élection prévue le 30 juillet 2026, afin de porter à la connaissance de l'opinion publique professionnelle et nationale des faits d'une gravité exceptionnelle qui appellent une réaction responsable et une vigilance de tous les confrères et consœurs pour préserver le processus électoral et sauvegarder la dignité de notre profession.
I. Une violation manifeste du processus électoral et un dépassement des prérogatives du Conseil
Nous avons suivi avec une profonde surprise et une vive inquiétude les agissements récents du Bâtonnier, qui constituent de graves entorses au processus électoral. Après l'adoption et la publication de la liste électorale définitive, ainsi que l'expiration de tous les délais légaux de recours, le Bâtonnier a procédé à des ajouts sans précédent sur la version originale de cette liste conservée dans le système informatique du secrétariat de l'Ordre.
Il a en outre donné instruction aux agents concernés d'y inscrire des personnes ayant prêté serment devant la Cour suprême après la date légale de publication, tout en leur attribuant des cartes et des numéros professionnels. Toutes ces opérations ont été réalisées en dehors de toute délibération du Conseil de l'Ordre et sans aucun fondement juridique ou réglementaire. D'autres personnes auraient également été ajoutées à la liste sans que le Conseil en ait été informé.
Un tel comportement, répété à plusieurs reprises, ne traduit pas seulement une volonté délibérée de porter atteinte à l'institution du Conseil et un dépassement manifeste des limites de compétence ; il constitue également un indice préoccupant d'une intention de manipuler le corps électoral afin d'orienter les résultats du scrutin au profit d'un candidat déterminé. Une telle pratique est contraire aux principes les plus élémentaires de transparence et d'intégrité électorale, et nous ne saurions l'accepter sous quelque forme que ce soit.
II. L'absence de neutralité et le non-respect des principes constitutionnels et réglementaires
La déclaration publique du Bâtonnier en faveur de l'un des candidats, ainsi que son implication active dans la campagne électorale à son profit, lui font perdre l'exigence de neutralité que lui imposent la loi et l'éthique professionnelle en cette période décisive.
Si l'article 74 du règlement intérieur de l'Ordre prévoit expressément que le Bâtonnier candidat à un second mandat est privé du droit de présider le bureau électoral, les principes de justice et d'égalité entre les candidats imposent, à plus forte raison, que le Bâtonnier qui a publiquement renoncé à sa neutralité en soutenant l'un des concurrents s'abstienne également de présider ce bureau afin de garantir la régularité et la crédibilité du scrutin.
Le refus réitéré du Bâtonnier de donner suite à cette demande légitime, malgré les nombreuses observations et sollicitations formulées par les membres du Conseil, ne fait qu'accroître nos inquiétudes quant à la sincérité et à la crédibilité du processus électoral.
III. Le combat pour l'indépendance et le refus de toute tutelle
Chers Confrères,
Ma candidature à cette noble fonction procède d'une volonté libre et indépendante. Elle bénéficie du soutien d'un nombre important de figures et d'acteurs influents de notre profession et s'inscrit dans le cadre d'un ambitieux projet de réforme destiné à promouvoir notre profession, à renforcer son indépendance et à faire de notre Ordre une institution forte, au service de ses membres et de la Nation, sans dépendance à l'égard d'aucune partie et sans confrontation avec les institutions de l'État.
En revanche, nous constatons avec regret que d'autres candidatures s'éloignent de cette ambition d'indépendance. Certaines sont soutenues et orientées par des personnalités influentes du pouvoir politique, au point que des pressions considérables auraient été exercées sur certains confrères, dans une atteinte manifeste à leur dignité professionnelle et à leur liberté de choix. Une autre candidature bénéficierait d'un soutien privilégié de certains hommes d'affaires, ce qui risque de la placer sous l'influence des intérêts et des orientations de ses soutiens.
Ces deux approches fondées sur la dépendance constituent, selon nous, une menace sérieuse pour l'avenir de la profession d'avocat en Mauritanie. Elles risquent de transformer une profession qui doit demeurer la conscience vivante de la société et le refuge du droit en un espace soumis à des influences extérieures.
IV. La responsabilité de cette étape décisive
J'en appelle à tous les confrères et consœurs, gardiens de la justice et défenseurs de la liberté de parole, afin qu'ils prennent pleinement conscience de l'importance historique de cette échéance et demeurent vigilants face à toute tentative d'hégémonie, de tutelle ou d'altération de la volonté de notre corps professionnel.
Ensemble, défendons la dignité de notre profession et son indépendance, et faisons du scrutin du 30 juillet une étape décisive pour restaurer la confiance, raviver l'espoir et remettre notre Ordre sur la voie qu'il mérite.
Que Dieu nous accorde le succès.
Maître Mohamed Mbarek Mohamed Vall
Membre du Conseil de l'Ordre national des avocats de Mauritanie
Candidat au poste de Bâtonnier des avocats
